Denis Lorrain

 

Construction 073

Tre cuori, sette vite

Composition algorithmique pour piano MIDI

(2024, durée totale : ca. 17'30")

 

Note de programme

 

   Les durées des sept courtes pièces de cette Construction vont de 49" à 3'30". On peut les entendre comme *sept vies* particulières qui s'y déroulent successivement. Les *trois cœurs* mentionnés dans le titre se réfèrent aux trois algorithmes qui insufflent symboliquement vie aux pièces. Ces algorithmes sont l'origine exclusive de tous leurs matériaux musicaux. Je les ai déjà utilisés dans une ou plusieurs Constructions précédentes.

 

   Sans ordre de prééminence, ces trois algorithmes sont les suivants :

 

1. Harmonique, produisant des accords couvrant le registre du piano, soit legato, soit staccato. Cet algorithme est basé sur des hexacordes comportant tous les intervalles de un à cinq demi-tons (*all-interval hexachords*, algorithme de Jan Vandenheede). Un couple d'hexacordes forme une série dodécaphonique, elle-même variée et multipliée au moyen d'opérations de symétrie axiale généralisée dans une représentation circulaire de l'espace chromatique. Au-delà de leurs notes constituantes, cet algorithme tente d'optimiser la *position* des accords — c'est-à-dire la répartition de leurs notes dans le registre de l'instrument. Les interventions de cet algorithme, dans plusieurs des sept pièces, sont évidentes à l'audition.

 

2. Mélodique, qui repose sur un modèle simplifié de croissance végétale de type liane, et dont les réglages permettent une grande variété de résultats.

 

   2.1. D'une part, cet algorithme peut produire des mélodies plus ou moins lentes et lancinantes, comportant de fréquentes notes répétées, de registre d'abord restreint, puis graduellement élargi. On entend une lignes de ce type à la fin de la première pièce (en octaves dans le registre aigu). Dans la seconde pièce, une mélodie unique, lente, est mise en oeuvre dans le cadre de formalismes contrapuntiques classiques (original, rétrograde, renversement, rétrograde renversé). Cette pièce me semble porter une impression de calme apaisé. À partir du début de la troisième pièce, de telles lignes sont graduellement accumulées en accélérant jusqu'à atteindre la saturation extrême décrite ci-dessous en 2.2. Dans la quatrième pièce, plusieurs lignes de ce type sont entendues en contrepoint, avant et après un interlude d'accords staccato. Dans la sixième pièce, une telle ligne aigüe et très lente plane au-dessus des résonances d'accords.

 

   2.2. D'autre part, à l'extrême, cet algorithme peut aussi créer les plus extravagantes volées foisonnantes de traits rapides et désordonnés à travers tout un registre. On entend de tels traits exubérants dans la troisième pièce, ainsi que dans la cinquième et la septième.

 

3. Trilles ou batteries de deux notes, utilisé pour tisser des liens entre événements, ou créer des arrière-plans de soutien.

 

   Les durées des sept pièces sont respectivement :

 

   I — 3'11"

  II — 3'29"

III — 2'05"

IV — 2'29"

  V — 2'47"

 VI — 2'22"

VII — 0'49"

 

DLO

Cologne

Janvier 2025